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  • 18Août

    L’Origine des Aldéïdes

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    Au crépuscule de la matière noire planait déjà l’âme des premières sciences. Le mystère et la fascination, l’ignorance et le néant, la superstition et la recherche de la vérité absolue.

    Et il fût un temps…

    Un temps où la plus ancienne forme de vie évoluée postula qu’à un stade trop avancé de ses aptitudes techniques, celle-ci devrait envisager la fusion entre le corps et la machine. Il lui fallait supplanter la performante, mais lente, manipulation génétique. Survivre aurait pu être une raison suffisante. Mais pas pour les Aldéïdes. Leur but était bien plus obscur que ce banal instinct… Cette étrange et inquiétante race a toujours été considérée avec prudence. Son esprit clairvoyant, pur produit d’un développement excessif des raisonnements, lui permettait de prendre des décisions stratégiques optimales. Et cela au détriment de ses émotions, même vis à vis de ses semblables.

    Les Vieux Sages, les trois plus anciens Aldéïdes aveugles et sourds de l’élite spirituelle à la tête des décisions radicales, pensaient pouvoir égaler les grands architectes de l’ordre universel. Les constructeurs de la matière. Ces idéalistes autarciques déterminèrent, dans leur Tour Astrale, la structure des sciences à venir. Fondamentalement, leurs premières IA étaient censées reproduire le vivant. Mais elles furent un échec. Loin de se remettre en question, ils accablèrent le hasard et se dégagèrent de cette responsabilité. Ils ne firent qu’alimenter leur dessein : prendre le contrôle de leur évolution à la place de la nature. Ils développèrent alors les premières interactions cybernétiques, en prenant le vivant non plus comme modèle, mais comme base matérielle, modifiable mécaniquement et électroniquement. Mais la soif de perfection des Vieux Sages et leurs programmes d’eugénisme avaient considérablement réduit leur population. Il était donc hors de question de prendre le risque d’expérimenter les innovations cybernétiques sur le peuple. Ils prirent alors, parmi les formes de vie les plus proches, celle sur laquelle l’expérimentation serait significative et dont la disparition passerait inaperçue…

    Les Sages déclenchèrent alors ce qu’ils appelaient “Le Programme”, sur un peuple entier. Les études et expérimentations cybernétiques en phase 1 ne concernaient que les améliorations du corps. La phase 2, celles de l’esprit. Les premiers temps du “Programme” furent un succès. Les pertes de sujets d’expérimentation étaient négligeables. Le principe de fusion se laissait dompter. Les corps des volontaires devenaient plus performants, plus volumineux et plus résistants. Les cyborgologues imposèrent alors la pensée d’une évolution rapide et contrôlée, grâce aux exhibitions publiques des premiers produits de leur intelligence, qu’ils baptisèrent : Les Colosses.

    Mais de leur Tour, les Trois Sages pressentaient des jours sombres…

    Quelque chose se tramait. Un événement inévitable imbriquait ses paramètres dans l’ordre du monde. Ils en voyaient déjà l’impact fatal. Mais il leur était impossible d’admettre cette possibilité…

    Ce sont les premiers instants de cet événement qui précipitèrent la décision des Sages. L’instant où les Colosses commencèrent à laisser transparaître leur haine.

    L’heure n’était plus à la méditation mais à la réaction ! Les Sages percevaient l’évasion des Colosses. Ils pouvaient les imaginer détruire et envahir leurs cités si parfaites, si brillantes. Ils savaient déjà qu’ils les entendraient arriver aux portes de la Tour et qu’ils devraient alors se soumettre au sacrifice… Mais il n’y avait pas d’autre possibilité. La survie de la race Aldéïde dépendait d’une simple question de synchronisation des actes, abstraction faite de la moindre erreur.

    Les Vieux Sages convoquèrent de toute urgence les 300 Aldéïdes les plus aptes à faire perdurer l’esprit savant de la race. A l’instant même où ceux-ci se massaient au sommet de la Tour, l’évasion des Colosses s’amorçait. Les murs des laboratoires cybernétiques s’effondraient. Le sol se déformait. Les scientifiques Aldéïdes tombaient…

    Les Sages conçurent un impressionnant caisson de cryogénisation taillé dans le Monolithe Primitif, la ressource minéralorganique ancestrale la plus précieuse, tandis que les premières surfaces d’Aldès, leur planète, voyaient disparaître toute trace d’Aldéïde. Leur logistique devait être sans faille. Le temps de programmer la trajectoire de sûreté de la navette correspondait au temps que mettraient les Colosses à éradiquer leur peuple, avant de pénétrer dans les jardins de la Tour. Les hurlements des Colosses étaient presque aux portails.

    L’entrée des 300 dans le caisson se gérait par anticipation du moindre mouvement.

    Les jardins grouillaient de Colosses.

    Les imposantes portes de la Tour volèrent en éclats. Les systèmes d’accès aux hauteurs de la Tour avaient été désactivés. Une marée sombre de Colosses grimpa alors le long des murs, créant ses propres prises en détruisant les parois par les poings ou les pieds. Un désordre global régnait dans les volumes du cylindre. Ils touchaient à leur but. Quelques centaines de dalles verticales les séparaient de leur vengeance.

    Les Sages déclenchèrent la mise à feu.

    La navette décolla dans un fracas dangereusement assourdissant, écroulant les derniers étages de la Tour des Sages déjà fragilisée par la montée en charge des Colosses.

    Quelques secondes après, sur Aldès la légendaire, les Aldéïdes n’étaient plus…

    Aldès la belle n’était alors que ruines et souffrance. Elle contiendrait bientôt dans ses entrailles, les atomes et particules de matière qui composaient les corps des Vieux Sages, de leur peuple et de leurs créations. Elle contiendrait aussi, et à jamais, l’âme endolorie des Colosses.

    La navette, dernier bastion de la race ancestrale, parcourut des centaines d’années-lumière. Les Aldéïdes cryogénisés s’approchaient enfin de leur destination.

    Lorsqu’ils entrèrent dans l’atmosphère de leur planète d’accueil, leur réveil s’amorça. Le caisson fut éjecté au-dessus d’une mer d’eau liquide, sur laquelle il flotta le temps de l’éveil des 300. Il acheva son périple en s’échouant sur les côtes d’un continent foisonnant d’êtres photosynthétiques semblables à ceux d’Aldès. Les premières analyses furent des plus rassurantes. L’atmosphère convenait à leur système d’alimentation en azote. Les formes de vie prédatrices étaient peu nombreuses et à un stade ridicule de leur évolution. L’achèvement du protocole d’évolution permettant de reconquérir Aldès, nécessiterait d’impressionnantes ressources d’une grande rareté. Les quantités que ce jeune corps céleste contenait étaient bien suffisantes. Et cette situation ne devait rien au hasard.

    Ils décidèrent solennellement de nommer cette planète « Terre », pour son incroyable générosité et ses surfaces porteuses de vie.

    Les 300 se chargèrent alors de la mission de reconstruction des conditions nécessaires à leur évolution. Lorsque la planification du protocole finit d’inclure ces nouveaux paramètres, le sas du caisson s’ouvrit… Il aurait dû s’ouvrir sur une plage déserte. Mais il s’ouvrit sur un attroupement de primates nus et excessivement plus nombreux que les 300. Agenouillés au sol, en demi-cercle devant eux, ils formaient une étendue sombre prise dans la houle, tant leurs gestes étaient synchronisés. Cette rencontre imprévue disciplina les 300, qui se forcèrent à suivre la dernière leçon des Vieux Sages.

    Ne plus jamais sous-estimer les individus d’une autre espèce.

    D’autant que ces peaux foncées et ces positions étranges révélaient sans doute une stratégie peu commune, certes, mais redoutable d’intimidation. Il valait mieux être pacifiste et coopérer.

    C’est ainsi que les 300 furent emmenés au cœur de la forêt tropicale qui bordait la plage de roches volcaniques, là où vivaient ce groupe de primates sous-évolués…

    L’histoire du lien entre les 300 et les primates est peu connue des nouvelles générations Aldéïdes du XXXI° siècle, car ce passage de quelques millénaires sur cette planète n’apparaît pas dans leur Histoire Universelle. Seuls les légendes des historiens indépendants relatent ces faits :

    Les primates accomplissaient devant les 300 des séries de gestes, chants et rituels étranges à heures fixes. Et ce, à chaque rotation de la Terre sur elle-même. D’autres êtres vivants ensanglantés leur étaient offerts, ainsi que les produits permettant d’assurer la reproduction de plus grands êtres vivants photosynthétiques. De leur côté, les Aldéïdes, plutôt indifférents aux incompréhensibles agitations de ces primates inoffensifs et avec une efficacité digne des Vieux Sages, exploitaient les ressources terrestres. Ils construisaient, développaient leur peuple, leur science, et mettaient au point leur incroyable système de localisation des activités d’Aldès. Ils laissaient cependant les primates les observer et profitaient de leur curiosité pour leur jeter les déchets technologiques qu’ils ne voulaient pas recycler. Ces derniers s’empressaient de les récupérer avec avidité. Plusieurs millénaires furent nécessaires aux exigences de chaque étape du protocole. Et ce, jusqu’aux derniers bâtiments. Quatre-vingt-sept pyramides orientées et un noyau crucial de trois pyramides massives, furent érigées comme l’indiquait le plan des Vieux Sages. La finesse de l’architecture de chacune d’elles permettait l’évitement de la propagation des ondes, la surabondance des systèmes d’équations et la réduction des principes d’incertitude aldéïques.

    Les descendants des 300 avaient mené à bien leur mission. Ils n’avaient plus qu’à reconquérir Aldès. Ils laissèrent sur Terre tout ce qui n’était pas nécessaire. Les Aldéïdes les plus faibles et les moins utiles, le caisson monolithique de leurs ancêtres, les mines de ressources primordiales, les installations, les outils, les fragments de leur langue gravée dans la pierre… Et les pyramides…

    En quelques instants, les Aldéïdes quittèrent la surface de la Terre sans aucun état d’âme.

    De retour sur Aldès, ils firent le constat de la disparition des Colosses. Leur planète redevenue sauvage se plia alors, au cours des siècles suivants, à leur impressionnante maîtrise des éléments. Leur esprit continua son processus de développement, et leur corps, négligé, s’affaiblit et devint dépendant de leur cybernétique. Leur pensée se mécanisa et se fit d’autant plus froide que l’Histoire Universelle des Aldéïdes s’efforçait d’oublier les erreurs du passé.

    Cette race possède aujourd’hui le plus haut degré de rationalité. Ses capacités d’abstraction sont telles que la notion de compassion a disparu de son vocabulaire. Sa langue ancestrale, qu’aucun être n’a pour l’instant été capable de sonder, est la plus proche du concept de réalité.

    Prenez garde à ne pas provoquer ces êtres idéalistes et convaincus d’être les seuls à approcher la clef de la compréhension de l’ordre du monde. Car leur recherche de la perfection n’épargnera pas ceux qui oseront défier leur arrogante mais inégalable technologie.

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